Les représentations du politique

vendredi, mars 31, 2006

Les BB phoques

Une autre polémique! Le 23 mars dernier, Louis-Gilles Francoeur signait dans Le Devoir un article assez virulent à l'endroit de Brigitte Bardot et de la pensée animaliste. Cette semaine la section Idées du journal a publié plusieurs réponses. Surtout l'une de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer où celui-ci explique la différence entre la pensée animaliste et la pensée écologiste. Mais aussi de Florian Lévesque et de Roch Bibeau.

Moins que la polémique autour de la chasse elle-même, ce qui m'intéressait le plus dans l'article de Francoeur et qu'aucun commentateur n'a relevé concerne la 'publicité' anti-chasse aux phoques.

Considérant que la chasse aux blanchons est interdite depuis 1987, comment expliquer que l'IFAW (voir les sections portant directement sur la chasse aux phoques et cette première image qui sert de lien d'accès au site sur la chasse aux phoques) ou Sea Shepperd (voir l'entête du site sur la chasse aux phoques - deuxième image reproduite ici) utilisent encore les blanchons dans leurs publicités? N'est-ce pas là ce qu'on appelle de la publicité mensongère quand vient l'heure de dénoncer le capitalisme violent et la société de consommation de masse?

Pour reprendre les propos de Christian Rioux que je citais ici: «Les bons sentiments peuvent-ils justifier le mensonge et l'imposture?».

mercredi, mars 29, 2006

Polémique et médias - Dérive masculiniste

Après vous avoir résumé la polémique autour du texte de David Homel dans le monde, Le Devoir a publié une pleine pages de réactions à cette polémique. Un texte de Raymond Cloutier, défendant plutôt l'idée que le roman québécois peut bien s'exporter, un texte de Philippe Navarro, plutôt d'accord avec David Homel et surtout un texte de Carl Bergeron.

Alors là, vous vous rappelez ce que j'ai l'air quand je m'emporte. Je vous mets les principaux extraits du texte:

«...cette réaction émotionnelle, épidermique, de la Matrone gardienne de la maisonnée québécoise, face à l'Américain vigoureux, qui a osé porter son regard clinique sur une littérature qualifiée, entre les lignes, d'eunuque.»

«À moins que ce ne soit l'écrit, soliloque ininterrompu d'un sujet mi-enfant mi-adulte, un peu 'tapette' sur les bords, qui se rejette volontairement dans les marges?»

«On rêve, en somme, d'un écrivain [...] qui, comme un Philipe Roth ou un Russel Banks, écrirait d'une main aussi assurée qu'est solide le roc du sol qu'il arpente.»

«[Madeleine Gagnon] n'aime pas ces vérités qui, dans l'angle mort, se dérobent à son regard maternisant, et qui brisent le reflet idéalisé qu'elle se fait d'elle-même et de ses marmots.»

«J'entends David Homel, avec son viril accent américain, dire: ''La réponse des écrivains masculins tarde à venir.'' Est-ce bien étonnant?»

Bon, je me suis d'abord relevée de ma chaise de laquelle j'étais tombée. Et j'ai répondu:

J’étais à l’écran, au clavier, en selle intellectuelle quand j’ai reçu au plexus la libre opinion de Carl Bergeron. Préparant justement un cours sur les approches féministes, je ne pouvais espérer tomber sur témoignage plus éloquent du patriarcat persistant. Merci M. Bergeron.

Le pire c’est que dans toute cette polémique je considérais plutôt que Madeleine Gagnon s’était ridiculisée en attaquant de façon si virulente le texte d’Homel que je trouvais plus insignifiant que méchant. Dans ces commentaires sur la littérature ‘féminine’ j’ai lu davantage de confusion que de mesquinerie. Confusion entre littérature québécoise et best-sellers québécois. Comme si on résumait la littérature américaine à Danielle Steel. Vu la petitesse de son marché, il est vrai que le Québec se gausse souvent de ces succès économiques les confondant avec les œuvres parfois plus marginales mais porteuses de sens

J’ai pourtant éludé en première lecture le caractère problématique de cette littérature définie comme «féminine». M. Bergeron me l’a rappelé… en toute délicatesse.

Qu’est-ce donc que notre littérature «d’eunuque», «un peu ‘tapette’ sur les bords, qui se rejette volontairement dans les marges» ? Pardon M. Bergeron, est-ce à moi que vous parlez ? La littérature de chez nous vous semble manquer de couilles, de virilité ? J’aimerais bien que vous dissertiez un peu sur ce que serait exactement une littérature virile, tel l’accent américain de David Homel ?

J’ai rarement vu un si bel exemple de pensée patriarcale. Quelques coups de plumes et vous nous repoussez dans le bas fond des binarités sexuées : public/privé, masculin/féminin, universel/personnel, etc. Comme si l’intime ne pouvait pas toucher des larges pans du monde. Comme s’il y avait de l’émotion universelle et de l’émotion «non-exportable». Au passage M. Bergeron crache sur le caractère maternant de Mme Gagnon qui lui procure un «reflet idéalisé» de la réalité. Il est bien connu que mère et raison ne vont pas de paire. Après tout, l’âge de la raison est bien celui de l’homme blanc occidental hétérosexuel et puissant. Si nos écrivains sortaient de leurs complexes infantilisant ou de leur ‘fifure’ marginalisante, nous aurions nos Philipe Roth et nos Russell Banks.

Voilà l’ère du masculinisme qui envahit notre littérature. Comme s’il existait dans ce monde deux genres bien définis, M. Bergeron déplore à hauts cris le caractère féminin de notre littérature qui la condamne à la marginalité. Qu’attendons-nous pour nous laisser envahir par la virilité de nos voisins du Sud?

Je ne me lèverai pas ici pour défendre le caractère ‘féminin’, ‘tapette’ ou ‘intime’ de notre littérature. Je l’aime bien cette littérature, mais il est vrai que je ne suis qu’une femme, une bête statistique de plus.

Je voulais surtout vous remercier M. Bergeron. Quand j’essaie d’expliquer à mes étudiants que les analyses féministes doivent dépasser les questions d’égalité libérale et s’inscrire dans des questions fondamentales beaucoup plus subversives (i.e. : qu’est-ce que le féminin et le masculin ? ces catégories sont elles naturelles et biologiques ?), ils ne comprennent pas toujours l’intérêt politique, normatif et culturel de ces questions.

Alors voilà, je pourrai leur dire que lorsqu’on les élude, on en vient à insulter notre littérature en la traitant de ‘tapette’ et de ‘féminine’. Comme si le féminin (j’attends avec impatience votre définition !) et l’homosexualité étaient encore des catégories dont nous devrions avoir honte !

lundi, mars 27, 2006

Polémique et médias

Polémique. Le 22 mars dernier, l'écrivaine Madeleine Gagnon fait une sortie viscérale contre Le Monde et David Homel, écrivain anglo-montréalais qui y aurait signé un papier dégoûtant sur la littérature québécoise dans le cadre du salon du livre de Paris.

Mme Gagnon se demande pourquoi ce grand journal a confié la tâche d'écrire un texte sur la littérature québécoise à un «écrivain mineur» et a accepté «son texte minable».

J'éviterai la polémique sur le titre du texte de David Homel, comme le souligne Odile Tremblay quelques jours plus tard («Littérature écorchée», Le Devoir, 25 mars 2006), l'auteur d'un texte, surtout d'un texte d'idées, est rarement celui qui choisit le titre de son papier dans un journal.

Mme Gagnon qui n'y va pas avec le dos de la cuillère «accuse» le journal de s'être fié à ce «petit polémiste au parcours erratique» et souligne qu'on n'aurait jamais permis une «condamnation globale» d'une autre littérature nationale. Elle demande pétition et enquête (et pas qu'une petite enquête). Mme Gagnon conclue qu'il est temps que la France reconnaisse notre littérature, sinon elle étouffera. Et finit en disant: «Le temps de l'ignorance et du mépris est terminé». Comme le souligne Gilles Gougeon dans Le Devoir d'aujourdui «cela ne semble pas si vrai à la lecture de son texte [celui de Mme Gagnon].»

J'ai donc acheté le texte de David Homel («La littérature québécoise n'est pas un produit d'exportation», Le Monde, 17 mars 2006) pour en avoir le coeur net. Bon, ce n'est pas le texte du siècle. Pas très élogieux certes, il souligne «Pays tranquille, littérature tranquille». Et semble obsédé par le fait que la littérature québécoise est une littérature féminine (non pas féministe) écrite par des femmes, pour des femmes. Confondant définitivement les blockbusters (Arlette Cousture, Marie Laberge et autres) et la littérature générale, et oubliant au passage Michel Tremblay, Réjean Ducharme, Gilles Archambault et surtout toute une génération de jeunes auteurs où les hommes sont très nombreux. Trop même, et trop made in Plateau, selon d'autres critiques.

Ceci dit, je cherche toujours ce qui est de l'ordre de la «condamnation globale» et il me semble que bien maladroitement, M. Homel met en évidence justement ce que Mme Gagnon déplore, que la littérature québécoise n'arrive pas à faire sa niche à l'extérieur de notre petit marché. Bon, mettre cela sur le dos d'une culture de l'oralité est une approche anthropologique pour le moins douteuse. Douteux le texte donc, mais comme le dit Odile Tremblay le ton de Madeleine Gagnon finit par la discréditer.

Leçons:

1- Toujours aller lire la source avant de monter dans les trains en furie.
2- On se vexe facilement quand c'est de nous dont on parle en mal. Ça me rappelle ce professeur qui nous disait que tout le monde adorait le Monde diplomatique sauf quand on y parle de chez nous. J'y avais déjà lu d'ailleurs un torchon sur l'indépendance du Québec...
3- Ne pas suivre Odile Tremblay quand elle dit «Un texte n'est qu'un texte...». Un texte est fondateur. Celui-ci pourrait bien fonder une fissure majeure dans le monde littéraire déjà bien faible et en mal de cohésion.
4- Retourner à la littérature, celle d'ici et celle d'ailleurs. Elle est souvent radiographie de ce que nous sommes. Et très politique, même quand elle ne l'est pas directement. Et puis bon, si vous ne voulez pas rester un peuple de l'oralité... :o/

samedi, mars 25, 2006

Vérité et politique

Paru dans Le Devoir du samedi 11 mars, un texte de Marc Chevrier [professeur au département de science politique de l'UQAM, excellent pédagogue que j'espère que vous croiserez éventuellement] pose la question de la vérité en politique en passant par les écrits d'Hannah Arendt. [D'ailleurs je salive sur son 'Journal de pensée' paru récemment. Il n'est que 180$ si jamais vous avez envie de me faire un cadeau.]

M. Chevrier s'interroge sur le cynisme généralisé quant à la sphère politique et au problème qui serait posé par le 'mensonge' en politique. Premier constat, vérité et politique n'est pas un mariage qui va de soi. [Bien contente de le lire, je le répète depuis des années.] Le principe du politique, nous rappelle l'auteur, est d'assurer la cohésion et la survie de la communauté. Cela dit, la vérité peut parfois remettre en question cette survie. [Je vous renvoie une fois de plus au film Omagh qui pourrait en effet se résumer en ces termes: est-ce que le besoin de vérité de certains peut remettre en cause le délicat mensonge sur lequel repose l'équilibre communautaire? Est-ce que la vérité doit être favorisée en tout temps?]

Tout en politique est fait d'opinion, de persuasion et de consensus tandis que la vérité «a un caractère despotique» puisque celui qui consacre sa vie à la quête de vérité y arrive après un long dialogue intérieur. La politique est un champ d'action où l'impartialité et l'indépendance n'ont pas leur place tandis que la vérité est fruit d'impartialité et d'indépendance.

Comme nous le souligne M. Chevrier, deux hommes d'État importants du XXième siècle ont basé leur carrière sur un mensonge: De Gaulle sur l'idée que la France était l'une des puissances victorieuses de la Deuxième guerre, Adenauer sur l'idée que le fait nazi n'était le fruit que d'une minorité d'Allemands. Dans les deux cas, ces mensonges ont été au coeur de l'histoire du siècle et de la pacification des rapports en Europe.

Le problème actuel relèverait moins du mensonge ou de la manipulation en politique que du relais que représentent les médias de masse. Les secrets d'État étaient historiquement, des secrets! Les mensonges sont aujourd'hui relayés à grande échelle et l'image - omniprésente - a pour conséquences de réduire nos facultés critiques.

Arendt souligne que comme la maison de la vérité est hors du politique, il faut préserver ses espaces de floraison (système judiciaire, médias, universités) de toute partialité. Pour l'instant le mensonge fleurit parce que le média transmet la parole politique en l'assumant 'vraie', comme si la vérité devait primer en toutes choses.

dimanche, mars 19, 2006

Histoire, vérité et fiction

Le samedi 11 mars paraissait dans le devoir un texte de l'historienne Micheline Dumont qui critique la vague de romans historiques et les difficultés que ce genre peut poser. Ajoutant à la confusion le fait que des historiens écrivent maintenant des romans et que certaines maisons d'édition permettent des 'éléments de fiction' dans leurs biographies.

Elle met en évidence que les raisons qui poussent les romanciers à écrire de la fiction historique changent diamétralement d'une personne à l'autre (besoin d'évasion, volonté de faire connaître les personnages inconnus, donner le goût de l'histoire, etc.) et elle se demande si le lecteur est à même de différencier les volontés de chacun de ces romanciers.

Micheline Dumont met donc en évidence plusieurs problèmes: renseignements inexacts (tel Micheline Lachance qui dans Le roman de Julie Papineau confond les Dr Robert et Wolfred Nelson) et les anachronismes (tel que dans Mistouk, Gérard Bouchard parle d'une tante qui s'appelle Alberta et les enfants s'étonnent qu'elle porte le nom d'une province: «la scène se déroule quelques années avant la création de cette province»).

De façon plus pernicieuse, Micheline Dumont met en évidence que les romanciers ont tendance à prêter un outillage mental contemporain à des personnages historiques. Ainsi, des concepts comme le viol ou la vie de couple sont récents et ne peuvent pas faire partie de l'outillage mental d'un personnage du XVIIIe ou XIVe siècle.

Les questions sont multiples:

Est-ce que l'intention d'un romancier devrait être connue avant la lecture de l'oeuvre? Est-ce que l'intention importe sur la compréhension du message?

Devrait-il y avoir des cloisons claires entre fiction et histoire (entre documentaire et fiction, entre journalisme et entertainment, etc.)?

Est-ce que la promotion de l'histoire peut se faire à n'importe quel prix?

Nous sommes sur la fine ligne, la question de la 'vérité' nous pend au nez! Que peut-on en faire?

Article de base: Micheline Dumont, «L'histoire n'est pas une appellation contrôlée», Le Devoir

vendredi, mars 17, 2006

La Une du jour



Avez-vous vu la photo en Une du Devoir aujourd'hui? Excellente photo!

Photo Agence France-Presse, Le Devoir, 17 mars 2006.

dimanche, mars 12, 2006

Documentaire et vérité. Ou comment critiquer un critique d'un critique...

Vendredi dernier, Christian Rioux dans Le Devoir intitule une chronique «Cauchemar et vérité» concernant la polémique autour du film Le cauchemar de Darwin d'Hubert Sauper. Le film se passe dans la ville de Mwanza en Tunisie et démontre la pauvreté du milieu. Rioux ose la question «Les bons sentiments peuvent-ils justifier le mensonge et l'imposture?».

En effet, «quelles sont les limites que doit imposer l'auteur d'un documentaire lorsqu'il met inévitablement en scène la réalité? Bref, à partir de quand la mise en scène devient-elle une imposture?». Question pertinente dans une ère où le documentaire prend du gallon, Moore primé à Cannes et le reste.

Je poserais personnellement la question: est-ce que le fait d'être dans une position critique face à l'ordre dominant excuse tout?

Ce qu'on repproche à Sauper, c'est de défendre une thèse très claire où il fait du commerce de la perche du Nil (introduite dans la région dans les années 50) la raison de tous les problèmes de la région, pauvreté, écologie, sida, trafic d'armes, etc. Résultat: le film très populaire en France provoque le boycott du poisson quand, selon certains analystes, «cette pêche faisait vivre entre 300 000 et 1,5 million de personne avec des salaires plutôt élevés pour le pays.» Certaines images contre-factuelles ou certaines significations manipulées sont aussi mises de l'avant par les critiques du film.

Cela fait dire à François Garçon (historien du cinéma cité par Rioux) que ce films n'est «qu'une construction du réel qui n'existe pas, destinée à exploiter par tous les moyens la culpabilité d'un public occidental obsédé par son taux de cholestérol.»

Rioux se demande donc si les bonnes causes nous font perdre tout sens critique.

Or, même si je trouve la question pertinente, je me permettrai de critiquer moi-même Christian Rioux, entre autres parce qu'il écrit «L'affiche du film, qui montre côte à côte un poisson, un squelette et une mitraillette, ne laisse aucun doute sur le message.» Vous pouvez voir en cliquant ici l'affiche. Je m'excuse, mais avant de l'avoir cherché sur Internet, ce n'est pas exactement l'image que j'avais du 'squelette'. L'affiche peut provoquer l'analyse, mais la description qu'en fait Rioux deux phrases après avoir parlé de trafic d'armes porte à confusion.

De plus, il termine sa chronique en narrant une anecdote concernant un de ces voyages en Afrique où le même genre de situation de 'bonne conscience mensongère' s'est produit. Et il finit sur ces mots: «Le guide égrenait des chiffres parfaitement insensés qui allaient à l'encontre de toutes les études historiques sérieuses sur le sujet. [...] Puisque la traite négrière avait bien eu lieu, pourquoi fallait-il s'embarrasser de ces détails insignifiants. Pour la simple vérité, peut-être...»

Vérité? Le mot qui fait mal...

Est-ce qu'un documentaire cherche la vérité? S'il met inévitablement en scène la réalité, ce que dit Rioux lui-même, n'est-il pas incohérent d'exiger de lui qu'il possède quelque chose comme la vérité?

L'article: Christian Rioux, «Cauchemar et vérité», Le Devoir, 10 mars 2006.

mercredi, mars 08, 2006

Féminisme. Féminité. Marchandisation. Sexisme. Qu'est-ce qu'une femme?

dimanche, mars 05, 2006

Analyse-photo (suite)


En effet le lien avec le Ku Klux Klan me semble pertinent. Et ce qui m'a frappée encore plus avec la mention au KKK, c'est qu'il me semblait avoir déjà vu cette composition, ce traitement de l'image pour un sujet du KKK... En fouillant dans des livres publiés par l'Associated Press, j'ai en effet trouvé ceci. Plutôt troublant il me semble...

Peu importe que ce soit conscient ou non de la part des chefs de pupitre de photographie des quotidiens, leur choix de publication photographique en dit souvent encore plus long que l'article même... Ils créent un patrimoine visuel (souvent restreint et stéréotypé...) chez leurs lecteurs. Et si cette image m'en a rappelée une autre que j'avais vue des mois auparavant, sans trop me souvenir où, ni dans quel contexte, avant le commentaire sur le KKK, nul doute qu'il en va de même dans l'inconscient de nombreux lecteurs. Ces associations d'idées peuvent jouer, dans quelle mesure, je l'ignore, sur l'orientation et la construction du sens que se fait un lecteur sur un sujet.

Le problème, c'est que cela se fait plus souvent qu'autrement inconsciemment. Les publicistes utilisent à tour de bras le procédé de persistance rétinienne ; on nous montre en montage parallèle une belle grosse auto puis un paysage paradisiaque et notre cerveau enregistre que de posséder une telle voiture serait-pour nous le nec-plus ultra et rendrait tous nos déplacements merveilleux.

Que se passe-il alors dans nos neurones quand on nous montre un islamiste dans un contexte (non expliqué) qui le fait dangereusement ressembler à un membre du KKK, groupe extremiste dangereux et vigoureusement campé dans son idéologie destructrice... N'y a-t-il pas danger que l'on attribue ces mêmes qualificatifs aux islamistes ?...

Je sais, je vais peut-être un peu loin dans l'analyse inconsciente du cerveau, mais il me semble que la question se pose.

Valérie

vendredi, mars 03, 2006

Analyse photo: qu'en pensez-vous?


Source: Photo AP, La Presse, Première page d'un cahier spécial sur l'islamisme, dimanche le 12 février 2006.

NB: Merci à Eric Jasmin qui a un scanner!

Pourquoi cette photo? [Désolée pour ce délai, la vie est folle ces jours-ci] Ce qui m'a frappé dans cette photo qui se retrouvait format 'pleine page' de La Presse à la Une d'un cahier spécial sur l'islamisme, c'est sa parenté avec le KKK.

La Tunique blanche, la lune qui ressemble à une faux. Quand des images me montent comme ça, spontanément, je me demande toujours si je suis seule à partager avec moi-même mes imageries mentales. Qu'en pensez-vous? Est-ce que le symbole du KKK vous semble pertinent dans ce cas?

J'y reviendrai plus largement un autre jour, mais voilà quand même un bon exemple pour illustrer comment il existe plusieurs façons d'étudier la photo de presse. D'abord, on peut s'intéresser à la manipulation (photo recadrée pour éviter des éléments ou des personnages, retouches Photoshop, etc.). On peut ensuite s'intéresser au travail conscient fait par les équipes de rédaction. On peut présumer que dans certains cas (par exemple une photo de Bush ou de Harper dans une position 'hitlérienne' ou une photo particulièrement désavantageuse d'un certain politicien) les équipes rédactionnelles sont conscientes du poids de leur choix. Dans une troisième perspective, on peut s'intéresser à des symboliques plus subtiles. Évidemment, probablement que personne à La Presse ne s'est dit en voyant cette photo qu'il y avait une parenté avec le KKK. Mais le sens commun, les symboliques collectives et l'imaginaire commun, les journalistes et photographes n'en sont pas exclus, bien évidemment.