Vérité et politique
Paru dans Le Devoir du samedi 11 mars, un texte de Marc Chevrier [professeur au département de science politique de l'UQAM, excellent pédagogue que j'espère que vous croiserez éventuellement] pose la question de la vérité en politique en passant par les écrits d'Hannah Arendt. [D'ailleurs je salive sur son 'Journal de pensée' paru récemment. Il n'est que 180$ si jamais vous avez envie de me faire un cadeau.]
M. Chevrier s'interroge sur le cynisme généralisé quant à la sphère politique et au problème qui serait posé par le 'mensonge' en politique. Premier constat, vérité et politique n'est pas un mariage qui va de soi. [Bien contente de le lire, je le répète depuis des années.] Le principe du politique, nous rappelle l'auteur, est d'assurer la cohésion et la survie de la communauté. Cela dit, la vérité peut parfois remettre en question cette survie. [Je vous renvoie une fois de plus au film Omagh qui pourrait en effet se résumer en ces termes: est-ce que le besoin de vérité de certains peut remettre en cause le délicat mensonge sur lequel repose l'équilibre communautaire? Est-ce que la vérité doit être favorisée en tout temps?]
Tout en politique est fait d'opinion, de persuasion et de consensus tandis que la vérité «a un caractère despotique» puisque celui qui consacre sa vie à la quête de vérité y arrive après un long dialogue intérieur. La politique est un champ d'action où l'impartialité et l'indépendance n'ont pas leur place tandis que la vérité est fruit d'impartialité et d'indépendance.
Comme nous le souligne M. Chevrier, deux hommes d'État importants du XXième siècle ont basé leur carrière sur un mensonge: De Gaulle sur l'idée que la France était l'une des puissances victorieuses de la Deuxième guerre, Adenauer sur l'idée que le fait nazi n'était le fruit que d'une minorité d'Allemands. Dans les deux cas, ces mensonges ont été au coeur de l'histoire du siècle et de la pacification des rapports en Europe.
Le problème actuel relèverait moins du mensonge ou de la manipulation en politique que du relais que représentent les médias de masse. Les secrets d'État étaient historiquement, des secrets! Les mensonges sont aujourd'hui relayés à grande échelle et l'image - omniprésente - a pour conséquences de réduire nos facultés critiques.
Arendt souligne que comme la maison de la vérité est hors du politique, il faut préserver ses espaces de floraison (système judiciaire, médias, universités) de toute partialité. Pour l'instant le mensonge fleurit parce que le média transmet la parole politique en l'assumant 'vraie', comme si la vérité devait primer en toutes choses.
M. Chevrier s'interroge sur le cynisme généralisé quant à la sphère politique et au problème qui serait posé par le 'mensonge' en politique. Premier constat, vérité et politique n'est pas un mariage qui va de soi. [Bien contente de le lire, je le répète depuis des années.] Le principe du politique, nous rappelle l'auteur, est d'assurer la cohésion et la survie de la communauté. Cela dit, la vérité peut parfois remettre en question cette survie. [Je vous renvoie une fois de plus au film Omagh qui pourrait en effet se résumer en ces termes: est-ce que le besoin de vérité de certains peut remettre en cause le délicat mensonge sur lequel repose l'équilibre communautaire? Est-ce que la vérité doit être favorisée en tout temps?]
Tout en politique est fait d'opinion, de persuasion et de consensus tandis que la vérité «a un caractère despotique» puisque celui qui consacre sa vie à la quête de vérité y arrive après un long dialogue intérieur. La politique est un champ d'action où l'impartialité et l'indépendance n'ont pas leur place tandis que la vérité est fruit d'impartialité et d'indépendance.
Comme nous le souligne M. Chevrier, deux hommes d'État importants du XXième siècle ont basé leur carrière sur un mensonge: De Gaulle sur l'idée que la France était l'une des puissances victorieuses de la Deuxième guerre, Adenauer sur l'idée que le fait nazi n'était le fruit que d'une minorité d'Allemands. Dans les deux cas, ces mensonges ont été au coeur de l'histoire du siècle et de la pacification des rapports en Europe.
Le problème actuel relèverait moins du mensonge ou de la manipulation en politique que du relais que représentent les médias de masse. Les secrets d'État étaient historiquement, des secrets! Les mensonges sont aujourd'hui relayés à grande échelle et l'image - omniprésente - a pour conséquences de réduire nos facultés critiques.
Arendt souligne que comme la maison de la vérité est hors du politique, il faut préserver ses espaces de floraison (système judiciaire, médias, universités) de toute partialité. Pour l'instant le mensonge fleurit parce que le média transmet la parole politique en l'assumant 'vraie', comme si la vérité devait primer en toutes choses.

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