Les représentations du politique

lundi, mars 27, 2006

Polémique et médias

Polémique. Le 22 mars dernier, l'écrivaine Madeleine Gagnon fait une sortie viscérale contre Le Monde et David Homel, écrivain anglo-montréalais qui y aurait signé un papier dégoûtant sur la littérature québécoise dans le cadre du salon du livre de Paris.

Mme Gagnon se demande pourquoi ce grand journal a confié la tâche d'écrire un texte sur la littérature québécoise à un «écrivain mineur» et a accepté «son texte minable».

J'éviterai la polémique sur le titre du texte de David Homel, comme le souligne Odile Tremblay quelques jours plus tard («Littérature écorchée», Le Devoir, 25 mars 2006), l'auteur d'un texte, surtout d'un texte d'idées, est rarement celui qui choisit le titre de son papier dans un journal.

Mme Gagnon qui n'y va pas avec le dos de la cuillère «accuse» le journal de s'être fié à ce «petit polémiste au parcours erratique» et souligne qu'on n'aurait jamais permis une «condamnation globale» d'une autre littérature nationale. Elle demande pétition et enquête (et pas qu'une petite enquête). Mme Gagnon conclue qu'il est temps que la France reconnaisse notre littérature, sinon elle étouffera. Et finit en disant: «Le temps de l'ignorance et du mépris est terminé». Comme le souligne Gilles Gougeon dans Le Devoir d'aujourdui «cela ne semble pas si vrai à la lecture de son texte [celui de Mme Gagnon].»

J'ai donc acheté le texte de David Homel («La littérature québécoise n'est pas un produit d'exportation», Le Monde, 17 mars 2006) pour en avoir le coeur net. Bon, ce n'est pas le texte du siècle. Pas très élogieux certes, il souligne «Pays tranquille, littérature tranquille». Et semble obsédé par le fait que la littérature québécoise est une littérature féminine (non pas féministe) écrite par des femmes, pour des femmes. Confondant définitivement les blockbusters (Arlette Cousture, Marie Laberge et autres) et la littérature générale, et oubliant au passage Michel Tremblay, Réjean Ducharme, Gilles Archambault et surtout toute une génération de jeunes auteurs où les hommes sont très nombreux. Trop même, et trop made in Plateau, selon d'autres critiques.

Ceci dit, je cherche toujours ce qui est de l'ordre de la «condamnation globale» et il me semble que bien maladroitement, M. Homel met en évidence justement ce que Mme Gagnon déplore, que la littérature québécoise n'arrive pas à faire sa niche à l'extérieur de notre petit marché. Bon, mettre cela sur le dos d'une culture de l'oralité est une approche anthropologique pour le moins douteuse. Douteux le texte donc, mais comme le dit Odile Tremblay le ton de Madeleine Gagnon finit par la discréditer.

Leçons:

1- Toujours aller lire la source avant de monter dans les trains en furie.
2- On se vexe facilement quand c'est de nous dont on parle en mal. Ça me rappelle ce professeur qui nous disait que tout le monde adorait le Monde diplomatique sauf quand on y parle de chez nous. J'y avais déjà lu d'ailleurs un torchon sur l'indépendance du Québec...
3- Ne pas suivre Odile Tremblay quand elle dit «Un texte n'est qu'un texte...». Un texte est fondateur. Celui-ci pourrait bien fonder une fissure majeure dans le monde littéraire déjà bien faible et en mal de cohésion.
4- Retourner à la littérature, celle d'ici et celle d'ailleurs. Elle est souvent radiographie de ce que nous sommes. Et très politique, même quand elle ne l'est pas directement. Et puis bon, si vous ne voulez pas rester un peuple de l'oralité... :o/

2 Comments:

  • At 7:50 PM, Anonymous Tom said…

    Haha! Excellent et cinglant l'article de Gilles Gougeon : je ne le regarderai plus de la même manière (La Facture n'était pas mon émission favorite).

     
  • At 7:53 PM, Blogger Catherine said…

    t'as pas idée de la suite de cette histoire. Je vous raconte ça plus tard... avec ma participation au débat!

    Je me doute que tu ne me regarderas plus jamais de la même façon. Même si bien entendu, mon cours était ton favori :op.

     

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