Documentaire et vérité. Ou comment critiquer un critique d'un critique...
Vendredi dernier, Christian Rioux dans Le Devoir intitule une chronique «Cauchemar et vérité» concernant la polémique autour du film Le cauchemar de Darwin d'Hubert Sauper. Le film se passe dans la ville de Mwanza en Tunisie et démontre la pauvreté du milieu. Rioux ose la question «Les bons sentiments peuvent-ils justifier le mensonge et l'imposture?».
En effet, «quelles sont les limites que doit imposer l'auteur d'un documentaire lorsqu'il met inévitablement en scène la réalité? Bref, à partir de quand la mise en scène devient-elle une imposture?». Question pertinente dans une ère où le documentaire prend du gallon, Moore primé à Cannes et le reste.
Je poserais personnellement la question: est-ce que le fait d'être dans une position critique face à l'ordre dominant excuse tout?
Ce qu'on repproche à Sauper, c'est de défendre une thèse très claire où il fait du commerce de la perche du Nil (introduite dans la région dans les années 50) la raison de tous les problèmes de la région, pauvreté, écologie, sida, trafic d'armes, etc. Résultat: le film très populaire en France provoque le boycott du poisson quand, selon certains analystes, «cette pêche faisait vivre entre 300 000 et 1,5 million de personne avec des salaires plutôt élevés pour le pays.» Certaines images contre-factuelles ou certaines significations manipulées sont aussi mises de l'avant par les critiques du film.
Cela fait dire à François Garçon (historien du cinéma cité par Rioux) que ce films n'est «qu'une construction du réel qui n'existe pas, destinée à exploiter par tous les moyens la culpabilité d'un public occidental obsédé par son taux de cholestérol.»
Rioux se demande donc si les bonnes causes nous font perdre tout sens critique.
Or, même si je trouve la question pertinente, je me permettrai de critiquer moi-même Christian Rioux, entre autres parce qu'il écrit «L'affiche du film, qui montre côte à côte un poisson, un squelette et une mitraillette, ne laisse aucun doute sur le message.» Vous pouvez voir en cliquant ici l'affiche. Je m'excuse, mais avant de l'avoir cherché sur Internet, ce n'est pas exactement l'image que j'avais du 'squelette'. L'affiche peut provoquer l'analyse, mais la description qu'en fait Rioux deux phrases après avoir parlé de trafic d'armes porte à confusion.
De plus, il termine sa chronique en narrant une anecdote concernant un de ces voyages en Afrique où le même genre de situation de 'bonne conscience mensongère' s'est produit. Et il finit sur ces mots: «Le guide égrenait des chiffres parfaitement insensés qui allaient à l'encontre de toutes les études historiques sérieuses sur le sujet. [...] Puisque la traite négrière avait bien eu lieu, pourquoi fallait-il s'embarrasser de ces détails insignifiants. Pour la simple vérité, peut-être...»
Vérité? Le mot qui fait mal...
Est-ce qu'un documentaire cherche la vérité? S'il met inévitablement en scène la réalité, ce que dit Rioux lui-même, n'est-il pas incohérent d'exiger de lui qu'il possède quelque chose comme la vérité?
L'article: Christian Rioux, «Cauchemar et vérité», Le Devoir, 10 mars 2006.
En effet, «quelles sont les limites que doit imposer l'auteur d'un documentaire lorsqu'il met inévitablement en scène la réalité? Bref, à partir de quand la mise en scène devient-elle une imposture?». Question pertinente dans une ère où le documentaire prend du gallon, Moore primé à Cannes et le reste.
Je poserais personnellement la question: est-ce que le fait d'être dans une position critique face à l'ordre dominant excuse tout?
Ce qu'on repproche à Sauper, c'est de défendre une thèse très claire où il fait du commerce de la perche du Nil (introduite dans la région dans les années 50) la raison de tous les problèmes de la région, pauvreté, écologie, sida, trafic d'armes, etc. Résultat: le film très populaire en France provoque le boycott du poisson quand, selon certains analystes, «cette pêche faisait vivre entre 300 000 et 1,5 million de personne avec des salaires plutôt élevés pour le pays.» Certaines images contre-factuelles ou certaines significations manipulées sont aussi mises de l'avant par les critiques du film.
Cela fait dire à François Garçon (historien du cinéma cité par Rioux) que ce films n'est «qu'une construction du réel qui n'existe pas, destinée à exploiter par tous les moyens la culpabilité d'un public occidental obsédé par son taux de cholestérol.»
Rioux se demande donc si les bonnes causes nous font perdre tout sens critique.
Or, même si je trouve la question pertinente, je me permettrai de critiquer moi-même Christian Rioux, entre autres parce qu'il écrit «L'affiche du film, qui montre côte à côte un poisson, un squelette et une mitraillette, ne laisse aucun doute sur le message.» Vous pouvez voir en cliquant ici l'affiche. Je m'excuse, mais avant de l'avoir cherché sur Internet, ce n'est pas exactement l'image que j'avais du 'squelette'. L'affiche peut provoquer l'analyse, mais la description qu'en fait Rioux deux phrases après avoir parlé de trafic d'armes porte à confusion.
De plus, il termine sa chronique en narrant une anecdote concernant un de ces voyages en Afrique où le même genre de situation de 'bonne conscience mensongère' s'est produit. Et il finit sur ces mots: «Le guide égrenait des chiffres parfaitement insensés qui allaient à l'encontre de toutes les études historiques sérieuses sur le sujet. [...] Puisque la traite négrière avait bien eu lieu, pourquoi fallait-il s'embarrasser de ces détails insignifiants. Pour la simple vérité, peut-être...»
Vérité? Le mot qui fait mal...
Est-ce qu'un documentaire cherche la vérité? S'il met inévitablement en scène la réalité, ce que dit Rioux lui-même, n'est-il pas incohérent d'exiger de lui qu'il possède quelque chose comme la vérité?
L'article: Christian Rioux, «Cauchemar et vérité», Le Devoir, 10 mars 2006.

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home