La question de la représentation en termes de droit ou en termes de sens
Il faut lire l'article de Christian Rioux paru ce matin dans Le Devoir. Je suis rarement d'accord avec lui, mais sur ce coup... la réflexion vaut le détour.
«Ce qu'il y a de fascinant dans la polémique entourant les caricatures publiées par le grand journal populaire danois Jyllands-Posten, c'est que personne ne semble s'intéresser à leur contenu. » Christian Rioux, «Le contenu des choses», Le Devoir, 17 février 2006.
J'élargirais la question pour souligner que ce qui me semble fascinant c'est que les débats se posent toujours en termes de droit et rarement en termes de sens. Or, le discours juridique, qui a son sens (mon propos n'étant évidemment pas de diminuer l'importance du droit dans nos sociétés) a aussi ses limites.
Ainsi, pour donner un exemple excentré, la question du bien-être des enfants se posent de plus en plus en termes de droit, de moins en moins en termes de sens.
De la même façon, la défense de notre droit à la liberté d'expression (droit qui n'est d'ailleurs pas remis en question de façon générale dans nos sociétés) occulte complètement la question du poids de cette expression.
Le problème reste entier: est-ce que parce que l'expression est libre, tout doit s'exprimer?
Est-ce que les balises beaucoup plus strictes et objectives (sic!) de la sphère juridique ne deviennent pas une béquille pour occulter la question du sens, beaucoup plus poreuse, beaucoup plus malléable et beaucoup moins certifiable?
«Ce qu'il y a de fascinant dans la polémique entourant les caricatures publiées par le grand journal populaire danois Jyllands-Posten, c'est que personne ne semble s'intéresser à leur contenu. » Christian Rioux, «Le contenu des choses», Le Devoir, 17 février 2006.
J'élargirais la question pour souligner que ce qui me semble fascinant c'est que les débats se posent toujours en termes de droit et rarement en termes de sens. Or, le discours juridique, qui a son sens (mon propos n'étant évidemment pas de diminuer l'importance du droit dans nos sociétés) a aussi ses limites.
Ainsi, pour donner un exemple excentré, la question du bien-être des enfants se posent de plus en plus en termes de droit, de moins en moins en termes de sens.
De la même façon, la défense de notre droit à la liberté d'expression (droit qui n'est d'ailleurs pas remis en question de façon générale dans nos sociétés) occulte complètement la question du poids de cette expression.
Le problème reste entier: est-ce que parce que l'expression est libre, tout doit s'exprimer?
Est-ce que les balises beaucoup plus strictes et objectives (sic!) de la sphère juridique ne deviennent pas une béquille pour occulter la question du sens, beaucoup plus poreuse, beaucoup plus malléable et beaucoup moins certifiable?

4 Comments:
At 11:07 AM,
OldCola said…
"Le problème reste entier: est-ce que parce que l'expression est libre, tout doit s'exprimer?"
L'expression dans le cas précis n'est pas libre ! Il est interdit de représenter le prophète, et ce sur des bases irrationnelles.
Et ce n'est pas une question de dévoir, mais de possibilité de satisfaire son envie. On ne doit pas publier des représentations du prophète, mais on est en droit de ne pas s'attendre à faire l'objet de ménaces si on a eu envie de le faire.
At 8:41 PM,
Jonathan said…
Que tout se pose en terme de droit n'est pas nouveau. On laisse le juridique décider de la plupart des enjeux fondamentaux de notre société, le politique ayant peur dans une société multiculturaliste de faire face aux réactions suscitées par une prise de décision. Agir, c'est nécessairement déplaire à quelqu'un, en laissant les tribunaux agir on peut se cacher derrière le jugement. Ce n'est là qu'un des exemples qui fait que nous pensons en terme de droits.
La question que je me pose c'est plutôt qu'elle est la meilleure action à prendre. Surtout lorsque je considère quelque chose que beaucoup semblent oublier, l'interdiction de représenter le prophète n'a pas toujours été. Il s'agit là d'une interprétation relativement "moderne" du Coran.
En tant qu'occidentaux, il est évident qu'on ne peut pas, surtout dans les conditions actuelles, se lever et dire aux autres que notre manière d'agir vaut mieux que la leur sans alimenter des tensions.
D'autant plus que ça fait à peine 50 ans au Québec que la religion ne fait plus partie de l'État.
D'ailleurs il me semble qu'on se trompe en parlant des caricatures parce qu'en faisant ça on évacue le vrai problème qui est beaucoup plus profond que ça et qui vient probablement de notre volonté à éduquer le monde.
At 9:07 PM,
Catherine said…
Commentaire très pertinent Jonathan. Très d'accord avec ta dernière phrase. Toute cette histoire nous détourne de la question de fond.
J'oserais la poser en termes habermassien (quitte à me faire pitcher des roches): la notion d'émancipation doit-elle être comprise en termes occidentaux? l'émancipation est-elle encore de l'émancipation si on nous l'impose? est-ce que l'émancipation peut s'apprendre, s'enseigner?
At 8:13 PM,
Jonathan said…
Merci Habermas
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